Estime de soi : et si ce n’était pas vraiment “vous” le problème ?

Je reçois souvent des personnes qui me disent, assez vite dans la séance : “Je manque de confiance en moi”. Et pourtant, en les écoutant, je vois autre chose. Je vois quelqu’un qui sent finement, qui pense agilement, qui perçoit beaucoup de choses… mais qui, presque dans le même mouvement, vient se couper. Se corriger.
Se retenir. Comme si une autre voix prenait la place.

Il y a quelques jours, une cliente me parle d’une situation où elle s’est sentie blessée. Son émotion est là, très claire. Et puis, presque immédiatement : “Enfin bon, je réagis trop… c’est ridicule.” C’est très rapide. Presque invisible. Mais c’est exactement là que quelque chose se joue.

En Gestalt, on appelle ça une introjection. Des phrases, des normes, des jugements qu’on a tellement intégrés qu’ils semblent venir de nous.
“Je suis trop sensible.”
“Je devrais gérer.”
“Ce n’est pas si grave.”

Ce n’est pas qu’on manque d’estime de soi. C’est qu’on a appris à ne pas se faire confiance. Et ça, souvent, le corps le montre avant même qu’on puisse le penser.
Le regard qui se détourne.
La main qui vient couvrir la bouche.
La respiration qui se coupe juste avant de parler.

Parfois je le nomme doucement : “Là, quand vous dites que c’est ridicule… qu’est-ce qu’il se passe dans votre corps ?” Ça ralentit. Et souvent, quelque chose réapparaît.
Une tension, une émotion, un élan qui avait été interrompu.

Et juste en dessous, il y a souvent de la honte.

Pas forcément une honte qu’on nomme facilement. Plutôt quelque chose de discret, mais très présent. Comme s’il y avait, au fond, quelque chose à cacher. Alors on se corrige.

On s’ajuste.
On se fait plus petit…
ou plus lisse.

Avec le temps, tout ça finit par faire une identité.
“Je suis quelqu’un qui doute.”
“Je ne suis pas très sûr.e de moi.”

En Gestalt, on parlerait de la fonction personnalité : la manière dont on se définit. Sauf que parfois, cette définition est construite à partir de ce qu’on a appris à taire, pas de ce qu’on est vraiment. En séance, mon travail n’est pas de “remonter” l’estime de soi. C’est plutôt de rester à ces endroits très précis : là où la personne commence à se couper d’elle-même.

Remettre de la présence.
Remettre du choix.

Et parfois simplement dire : “Attendez… juste avant de dire que c’est ridicule — qu’est-ce que vous ressentiez ?” Ce sont de petits moments. Mais c’est souvent là que quelque chose se réouvre. Un peu plus de contact avec soi. Un peu moins de dureté. L’expérience d’un peu plus de douceur dans le contact.

Et, sans qu’on ait besoin de la “travailler” directement, l’estime de soi revient… autrement.

Si vous vous reconnaissez dans certains de ces comportements et avez envie d’aller regarder cela de plus près, contactez moi.

 

Self-esteem: what if you’re not really the problem?

I often meet clients who say, quite early in the session : “I lack confidence.” And yet, as I listen to them, I notice something else. I see someone who feels deeply, thinks with agility, perceives a lot… but who, almost in the same movement, cuts themselves off. Corrects themselves. Holds back. As if another voice were taking over.

A few days ago, a client told me about a situation where she felt hurt. Her emotion was there, very clear. And then, almost immediately:
“Anyway, I’m overreacting… it’s ridiculous.” It happens very quickly. Almost invisibly.
But that is exactly where something is happening.

In Gestalt, we call this an introjection. Phrases, norms, judgments that we have internalized so deeply they feel like they come from us.
“I’m too sensitive.”
“I should handle this.”
“It’s not a big deal.”

It’s not that we lack self-esteem. It’s that we’ve learned not to trust ourselves. And often, the body shows this before we can even think it.
The gaze turning away.
A hand covering the mouth.
The breath tightening just before speaking.

Sometimes I gently name it: “Right there, when you say it’s ridiculous… what’s happening in your body?” It slows things down. And often, something reappears. A tension. An emotion. An impulse that had been interrupted.

And just underneath, there is often shame.

Not necessarily a shame that is easy to name. More something subtle, but very present. As if, deep down, there were something to hide.

So we correct ourselves.
We adjust.
We make ourselves smaller…
or smoother.

Over time, all of this becomes an identity.
“I’m someone who doubts.”
“I’m not very confident.”

In Gestalt, we would call this the personality function: the way we define ourselves.
But sometimes, that definition is built from what we have learned to silence, not from who we really are.

In therapy, my work is not to “build” self-esteem. It is to stay with these very precise moments : where the person begins to cut themselves off. To bring back presence. To bring back choice. And sometimes simply to say: “Wait… just before you said it was ridiculous — what were you feeling?” These are small moments. But this is often when something opens again. A little more contact with oneself. A little less harshness. The experience of a bit more gentleness in contact.

And without having to work on it directly, self-esteem begins to return… differently.

If some of these patterns feel familiar and you would like to explore this more closely, feel free to get in touch.

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