[FR] Le mythe du retour au bercail : Quand rentrer d’expatriation devient une véritable transition identitaire

On prépare tout... sauf soi-même.

Je me souviens très bien de la première année de mon retour. J'avais passé 17 ans à New York. Là-bas, j'avais un peu tout osé : quitter le confort d'un grand groupe français après 6 ans pour développer une marque de joaillerie avec une Française rencontrée là-bas, et j'avais surtout appris à ne pas avoir peur. Et puis un jour, longtemps après, j'ai fait le choix de rentrer pour retrouver ma famille et ma culture. Au début, j'étais sur un petit nuage. Pendant un an, j’ai profité sans réserve de la beauté de Paris, des copains, des grandes réunions de famille. Mais ensuite, une période beaucoup plus difficile a commencé, au moment où la réalité du retour a vraiment pris forme, où l’extraordinaire est devenu normal. Cette petite singularité sur laquelle je m’appuyais à New York n’étais plus là. J’étais redevenue une parmi tant d’autres et pourtant je me sentais si différente. Ironiquement, je ne me suis jamais sentie aussi Française qu'à New York, et aussi Américaine qu'à Paris. C’est la souffrance née de ce décalage qui s’invite régulièrement dans mon cabinet de thérapie.

On anticipe souvent tout quand on rentre : le logement, l’école des enfants, la recherche d'emploi, la Carte Vitale, la fiscalité. Les listes de tâches sont infinies. Mais on oublie trop souvent de préparer son équilibre émotionnel et de gérer le deuil de l'expatriation. Quand le mal-être nous frappe, on culpabilise. On se dit qu'on devrait être heureux d'être rentré. Pourtant c'est mécanique. C'est la fameuse "courbe en W" : celle qui décrit le choc culturel à l'aller, et le "reverse culture shock" au retour. Après une période plus ou moins longue d'euphorie des retrouvailles avec le pays d’origine, le choc culturel inversé frappe. On se retrouve soudain face au deuil de la personne qu'on était là-bas, essayant de retrouver sa place dans un entourage qui a continué sa vie sans nous, où tout paraît si familier et où l’on se sent pourtant si étranger. C’est la souffrance que génère ce tiraillement que l’on va travailler. En Gestalt-thérapie, l'approche est particulière. On ne cherche pas à s'allonger pour analyser indéfiniment le passé, on se centre sur "l'ici et maintenant".  On ne cherche pas non plus à effacer ce décalage inconfortable, on cherche à faire avec. On peut par exemple imaginer un dialogue symbolique entre les deux polarités, le «moi aux US » et le « moi en France ». L'idée n'est pas de choisir son camp. Le but, c'est d'intégrer ces deux identités pour ne plus souffrir de se sentir coupé en deux. Si vous êtes en pleine transition, il est normal que cela vous paraisse difficile. Vous ne reprenez pas votre vie d'avant, vous en inventez une nouvelle avec tout ce que vous avez ramené de l'étranger et qui vous a modifié. Et si c'est trop lourd à porter seul, n'hésitez pas à en parler. Le bon moment pour être accompagné, c'est simplement celui qui vous semble juste


Précédent
Précédent

The Myth of “Returning Home”: When Coming Back from Expatriation Becomes a True Identity Transition